Cas clinique n°3

I – PRESENTATION DE CAS :

Patient :

J’accueille en consultation un joueur de tennis niveau semi-professionnel.

Présentation du patient :

  • Nom : Alexandre X
  • Age : 32 ans
  • Sexe : Masculin
  • Sport : Tennis.
  • Poids : 63 Kg
  • Taille : 1,73 m
  • Alimentation : équilibrée et variée, suivi par un nutritionniste.
  • Hydratation : boit beaucoup d’eau, plus de deux litres par jour. Ne consomme ni soda, ni café.

Pratique du tennis :

  • Fréquence : 6 entrainements par semaine auquel il faut rajouter les matchs de compétition. Ce dernier mois augmentation de la préparation physique avec 6 entrainements physiques par semaine dans le but d’augmenter sa puissance et son explosivité.
  • Surface de jeu : Jusqu’à présent jouait sur dur mais aujourd’hui reprise des entrainements sur terre battue, commence la saison des tournois sur terre battue.
  • Type de jeu : Il se définit comme un joueur de fond de court, puissant et rapide.
  • Prédominance gestuelle : Latéralité croisée (droitier raquette, œil directeur gauche), revers à deux mains.
  • Equipement : Raquette Head Graphene Touch Speed Adaptive (depuis 6 mois).
  • Chaussures : Il utilise des Asics depuis 2 ans et change régulièrement de paires, environ tous les 3 mois. Depuis janvier : Asics gel solution speed 3. Au moment de la consultation, il existe une usure tennis gauche sur la partie externe de la face plantaire. Sur la tennis droite, usure sur la partie externe de la face plantaire.

Motif de consultation :

Le patient se plaint d’une douleur :

  • Localisation : au niveau de la partie latérale du 1/3 inférieur de la face postérieur de la cuisse  ;
  • Apparition : il y a 1 heures (aigüe), brutale décrite comme un coup de fusil, sur un appuis ouvert en jouant un revers à deux mains (jambe gauche en extension), en fin d’entrainement.
  • Caractéristiques : impossibilité de continuer l’entraînement. A pu marcher jusqu’au cabinet mais douloureux.

Antécédents :

  • 2013: Fracture transversale de la patella gauche. Rééducation avec utilisation d’appareil  à isocinétisme. Un travail concentrique plus important sur le quadriceps gauche a été réalisé par rapport au travail sur les ischio-jambiers. Il existe donc un déséquilibre de puissance du couple quadriceps/ischio-jambier en faveur du quadriceps.

Pathologie diagnostiquée : 

Diagnostic réalisé au cabinet :

Le patient est venu en première intention au cabinet, sans diagnostic établi par un médecin. Je réalise donc l’examen clinique de mon patient.

NB : Au regard de l’interrogatoire effectué (douleur coup de fusil, localisation et arrêt immédiat de l’activité), je m’oriente vers une lésion de type musculaire sur les ischio-jambiers.

Examen clinique :

  • Inspection : très très légère ecchymose sur la partie externe du 1/3 inférieure de la face postérieure de la cuisse gauche.
  • Palpation : Douleur exquise à la palpation du 1/3 inférieur du biceps fémoral.
  • Mobilisation : mobilité active sans résistance est possible sans douleur. La mobilité passive est possible mais douloureuse à l’étirement des ischio-jambiers.
  • Tests isométriques : douleur à la flexion du genou au cours de la course externe et moyenne, pas de douleur déclenchée à la course interne.

Au vu de l’interrogatoire et de l’examen clinique, avec la présence de la triade douleur à la palpation, à la mobilisation et aux tests isométriques, on peut en conclure que le patient souffre d’une lésion musculaire de stade 2 (déchirure) sur les ischio-jambier et grâce à la localisation, on peut en conclure qu’elle touche le biceps fémoral.

A la suite de mon diagnostic, j’applique le protocole POLICE qui est la conduite à tenir devant toute lésion musculaire.

Protection.

Optimal loading : qui correspond au “dosage de l’activité”. Le patient doit bouger sans douleur, ni sensation de tiraillement. Si une immobilisation prolongée et trop précoce est mise en place un déconditionnement musculaire et une fibrose du muscle apparaissent.

Ice : vessie de glace (diminuer la douleur et limiter le saignement).

Compression : mise en place de bande cohésive pour limiter le saignement.

Elévation du membre inférieur gauche.

Je lui conseille d’aller rapidement consulter le médecin (médecin rééducateur fonctionnel) qui pourra lui faire passer une échographie (examen dynamique), qui permettra de connaitre la localisation précise et l’étendue de la lésion musculaire dont il souffre.

Anatomie du muscle atteint par la lésion de stade 2 :

Anatomie des muscles atteints la lésion musculaire :

Figure 1 : Vue postérieure du biceps fémoral.

Source : Traumatologie du sport ; 2ème édition.

Le muscle biceps fémoral est un muscle appartenant à la loge postérieur de la cuisse.

C’est un muscle bi-articulaire (hanche et genou) qui est composé de deux chefs.

Un chef long, qui s’insère sur l’ischion en dehors du demi-tendineux et en dedans de l’insertion du demi-membraneux.

Un chef court qui nait, de la moitié de la berge de la ligne âpre du fémur.

Ces deux chefs se portent en bas et en dehors, le chef long délimite le triangle supérieur de l’espace poplité.

Ils se terminent par un tendon commun, aplati et large qui passe en arrière du condyle externe. Ce tendon se fixe sur l’extrémité supérieure de la fibule n dehors de l’insertion du ligament latérale externe.

Le muscle biceps fémoral, est décrit par M Léopold Busquet, comme un fléchisseur du genou, extenseur de cuisse sur le bassin en imprimant une rotation externe de jambe.

Il décrit le rôle du biceps fémoral lors du travail en concentrique de la chaine d’extension (contraction raccourcissement du muscle droit antérieur). Le biceps fémoral participera  passivement par sa tension excentrique, à l’extension du genou en imprimant une traction postérieure sur la tête de la fibula. Cette tension sur l’articulation tibio-fibulaire supérieure favorisera la rotation externe de la jambe.

Il participe aussi à la stabilité du genou.

Les différents types lésions musculaires :

Les lésions musculaires ou accidents musculaires peuvent être classées en différentes catégories.

Il existe en faite deux grandes catégories en fonction de l’origine de la lésion :

  • Cause intrinsèque
  • Cause extrinsèque

Figure 2 : Tableau récapitulatif des différents types d’atteintes musculaires.

Source : Traumatologie du sport ; 2ème édition.

Dans ces deux catégories, on peut décrire différents types de lésions. Pour les causes intrinsèques, il existe des accidents musculaires sans lésion anatomique apparente comme les crampes, les courbatures ou les contractures on parle alors plus d’incidents musculaires et les accidents musculaires avec lésion anatomique.

En 1990, M Rodineau et Durey, ont classés les lésions musculaires avec atteintes anatomiques en 4 stades :

  • Stade 1 : simple élongation
  • Stade 2 : déchirure
  • Stade 3 : Rupture
  • Stade 4 : désinsertion

Cette classification (du plus vers le plus grave) est aujourd’hui la référence plus de 30 ans après sa découverte.

Voici un tableau récapitulatif de l’ensemble des 4 stades.

Figure 3 : Tableau récapitulatif des différents type de lésion suivant M. Rodineau et Durey

Source : Traumatologie du sport ; 2ème édition.

Chez le sujet observé, on s’aperçoit que la douleur décrite à l’interrogatoire et les signes cliniques relevés à l’examen clinique correspondent à une lésion musculaire de stade 2, intéressant les ischio-jambier et notamment plus particulièrement le biceps fémoral.

Physiopathologie de la tendinopathie :

Comme le Professeur BIGARD l’écrit dans la revue médicale science et sports en 2001, les lésions musculaires graves (stade 2, 3 et 4) sont dues sur le plan histologiques à des lésions structurales focalisées sur les myofibrilles et le cytosquelette.

Les myofibrilles sont composées d’une chaine linéaire de sarcomères. Ces derniers sont des unités contractiles composés de myofilament de protéine contractile.

Il a mis en évidence une rupture des structures protéique de soutien de la fibre musculaire.

Il se produit alors rapidement une réaction inflammatoire, puis à la suite de ce processus se produit une réparation tissulaire.

Lorsque le processus de rupture des structures protéique est plus important que celui de réparation alors, les lésions musculaires graves stade 2, 3 et 4 peuvent se produire.

Figure 4: Tableau récapitulatif de la composition d’un muscle

Source : Anatomie et physiologie humaine ; 2ème édition.

Dans son ouvrage Basic science of musculotendinous injuries rédigé en 1991, le Professeur Garrett a montré que l’architecture des muscles, lors de la pratique de l’activité sportive, les rendent particulièrement sensible à l’étirement.

Pour Vandewall, qui a rédigé, Muscles pennés bi-articulaires et claquage musculaire, 10ème Journée de Traumatologie du Sport de la Pitié Salpétrière, en 1992. Ce sont principalement les muscles bi-articulaire qui subissent les lésions musculaires. Ce muscle subit des contraintes plus importantes en étirement qu’un muscle mono articulaire. 

L’examen clinique typique d’une lésion musculaire :

Il existe une triade douloureuse typique d’une atteinte musculaire :

  • 1 : Douleur à la palpation au niveau de la zone lésée
  • 2 : Douleur à l’étirement.
  • 3 : Douleur au cours des tests isométriques.

Cette triade se retrouve parfaitement chez le patient.

Facteurs favorisant généralement les lésions musculaires graves de stade 2  :

  • Microtraumatismes répétés ;
  • Surentrainement ;
  • Fatigue et stress ;
  • âge ;
  • Raideur musculaire ;
  • Changement de terrain ;
  • Froid ;

Chez Alexandre, plusieurs facteurs favorisant la lésion peuvent être observés :

  • augmentation de la préparation physique et de la charge de travail à chaque entrainement >>> microtraumatismes répétés ;
  • antécédent de fracture transversale de la patella gauche, la rééducation focalisée sur le quadriceps gauche a déséquilibrée le rapport puissance et souplesse quadriceps/ischio-jambiers. Un raideur s’est développé au niveau des ischio-jambiers (distance doigts/sol est de 20 cm chez mon patient). La puissance développée par les quadriceps est beaucoup plus importante que les ischio-jambiers, ces derniers subissent donc un schéma de chaine en extension ce qui renforce leur rôle excentrique.
  • Stress (saison sur terre battue point fort, à des points à aller chercher sur plusieurs tournois qui arrivent).

Zoom sur la biomécanique de l’appui ouvert (séquence frappe-glissade) :

  1. Léopold BUSQUET, ostéopathe reconnu pour son travail sur les chaînes musculaires, a décrit les différentes contraintes mises en place lors du déplacement sur un court de tennis.

Les appuis ouverts sont considérés par beaucoup comme les appuis du tennis moderne, il sont très utiles pour le joueur de fond de court sur des balles rapides.

Figure 5 : Séquence glissade / frappe appuis ouvert Novak DJOKOVIC

Source : votre tennis.org ; internet .

Il est important pour pouvoir comprendre le schéma lésionnel de mon patient de bien comprend la biomécanique de la séquence glissade-frappe. Pour cela on va utiliser deux joueurs David Ferrer et Novak Djokovic.

Tout d’abord étudions la réalisation technique de David Ferrer.

Figure 6 : Réalisation d’un appui ouvert sur Terre battue

Source : votre tennis.org ; internet.

Photo 1 : Dès la frappe adverse le démarrage du joueur espagnol est rapide et on peut observer une orientation immédiate des épaules dans le sens de la course. Ferrer utilise des pas courus pour favoriser la vitesse de déplacement

Photo 2 : En fin de course, la raquette est placée en arrière du corps (la fin de préparation a été effectuée dans la course). Le pied droit vient se placer au sol, appuis ouvert puis va servir d’appui pour repousser le sol et déclencher le geste.

Photo 3 : On peut observer la rotation de la hanche en l’air du joueur espagnol permettant au pied droit de venir se placer sur l’extérieur mais également favorise la rotation des hanches et donc le passage de la raquette et de l’épaule droite lors de la frappe.

Photo 4 : Le pied droit vient se placer à l’extérieur des appuis après la fin de la frappe afin de freiner rapidement la course et favoriser le replacement. On peut observer sur cette séquence que l’appui est placé fortement sur l’extérieur de la chaussure afin de faciliter le freinage

Photo 5 : Le freinage est complet, et Ferrer réalise une forte poussée de la jambe extérieure afin de débuter le replacement de la manière la plus dynamique possible. Il faut toujours avoir en tête que la qualité du premier appui est déterminant dans la qualité du replacement

Il faut toutefois faire attention avec cette séquence course/glissade car le temps nécessaire à l’arret puis au changement de direction après la frappe est important et peut provoquer un retard sur la frappe suivante. Elle doit être de ce fait utilisée seulement lorsque la situation l’impose.

On retrouve la même technique pour Novak Djokovic mais en revers à deux mains.

Figure 7 : Séquence glissade / frappe appuis ouvert Novak DJOKOVIC

Source : votre tennis.org ; internet .

On retrouve dans cette séquence les même fondamentaux sauf que l’appui est beaucoup

plus extérieur et ne permet pas la poussée des jambes. La pose de l’appui est réalisée en même temps que la frappe afin de rechercher un freinage rapide une fois le coup joué. De plus, cette pose du pied permet d’assurer un bon équilibre général du corps. On peut observer sur la dernière photo la déformation de la chaussure lié à la puissance de l’appui et la violence de freinage.

Attention toutefois, ce style de frappe rend encore plus difficile le replacement car l’appui extérieur étant très éloigné du centre de gravité, la poussé favorisant le changement de direction sera d’autant plus long et peut donc engendrer du retard sur le coup suivant.

Pour M. Léopold BUSQUET, l’entraineur et le joueur doivent surveiller les muscles qui sont sollicités par le tennis. Les années de pratique renforcent la puissance de ces muscles au détriment de leur souplesse, créant dans les chaines musculaires du sujet des maillons « raccourcis ».

Les muscles «petit pectoral» (frappe de balle) et «quadriceps» (extension du genou sur l’appui glissé et rééducation +++ après sa fracture de la rotule) raccourcis sont qualifiés par M. BUSQUET de «vainqueurs du schémas fonctionnel» car ils subissent ainsi moins de contrainte mécanique.

Les chaines musculaires où s’exercent des surtensions avec des maillons musculaires très étirés (fonctionnement en excentrique) favorisent la survenance de pathologie musculaire avec ou sans lésion anatomique.

Sur la photo de Novak DJOKOVIC, on s’aperçoit que le membre inférieur gauche se trouve en flexion de hanche et extension du genou, et rotation interne membre inférieur.

Le risque de blessure sur les ischio-jambiers gauche notamment sur le biceps fémoral (dont le rôle est l’extension de cuisse, fléchisseur de genou et rotateur latéral de jambe) étirés dans cette position est très important.

On peut aussi voir que le poids du corps est “déporté” sur son membre inférieur gauche, ce qui augmente la contrainte sur les ischio-jambiers gauche. Alors leur force de contraction excentrique qui permet de stabiliser le genou dans cette position est augmentée. Comme nous l’avons vu précédemment, le travail en excentrique est un facteur favorisant le risque de blessure musculaire.

La répétition des efforts, explique l’usure des chaussures sur les bords externes (position de supination, avec freinage important après la frappe de balle) mais aussi l’étirement des tendons des muscles biceps fémoral, semi-tendineux et semi-membraneux. Cet étirement est un des facteurs à l’origine de l’atteinte musculaire du biceps fémoral.

Mon patient, qui a subit un fracture transversale de la rotule, s’est fragilisée le système musculaire postérieure de la cuisse. Il a renforcé son quadriceps gauche, augmentant sa chaine d’extension, au détriment des ischio-jambier (chaine d’extension) dont le rôle en excentrique a été accentué.

CONCLUSION :

L’augmentation des charges de travail, la répétition des glissées sur terre battue avec le membre inférieur gauche en flexion de hanche, extension de genou, des muscles ischio-jambiers étirés et abimés sont autant de facteurs en faveur de la lésion musculaire de stade 2 du biceps fémoral.

II –  DIAGNOSTIC OSTEOPATHIQUE :

Après un examen clinique qui a révélé la triade douleur à la palpation sur le tiers inférieurs de la partie latérale de la face postérieure de la cuisse gauche , douleur à la contraction isométrique et étirements des ischio-jambiers. Le patient est allé consulter le médecin du club qui lui a fait une échographie, révélant une atteinte musculaire de stade 2 sur le 1/3 inférieur du biceps fémoral gauche.

Après un repos sportif nécessaire (7 jours), le patient a rapidement attaqué avec de la cryothérapie et  de la physiothérapie.

Puis a repris très vite un travail d’étirement et de renforcement musculaire statique, puis dynamique, avec le kinésithérapeute du club.

Après la tenue d’une réunion pluridisciplinaire, pour faire le point sur l’ensemble des thérapeutiques mises en place pour ce patient, avec médecin, kinésithérapeute et ostéopathe. Nous avons décidé d’effectuer une séance d’ostéopathie, dix jours après la survenue de sa lésion.

L’examen se poursuit par l’étude des appuis sur le podoscope. Chez mon patient, on peut apercevoir un pied gauche légèrement, avec un appui plus important sur le talon gauche.

Figure 8 : Schéma des différentes empreintes pédieuses vu au podoscope.  

Source : Traumatologie du sport ; 2ème édition

M Léopold BUSQUET, décrit dans son ouvrage sur les chaines musculaires du membre inférieur les différents appuis possible au sol.

Ainsi dans notre cas, une sur programmation du quadriceps gauche est présente, en partie dû à des enchainements glissade/frappe répétés et une rééducation concentrique trop importante réalisée sur ce dernier.

Ce quadriceps entraine alors une chaine d’extension sur le membre inférieur. M Léopold BUSQUET, décrit pour un membre programmé en extension un appui trop important sur le talon et pied légèrement plat.

Cet examen au podoscope nous permet de prouver en associant interrogatoire, antécédent et examen clinique,  l’existence d’une chaine d’extension sur le membre inférieur gauche.

L’examen ostéopathique doit être général, avec une étude des grands mouvements afin de mettre en évidence les tensions sur les chaines musculaires. Ces tests vont nous permettre de nous orienter vers les régions présentant des dysfonctions.

On retrouve donc :

  • Une distance main sol de 20 cm
  • Une rotation droite du rachis thoracique limitée
  • Une rotation droite du rachis cervical limitée
  • Inclinaison droite du rachis lombaire limité.

Puis de façon analytique (liste des dysfonctions) :

  • Tibio-fibulaire supérieur gauche postérieure
  • Muscles long et court biceps fémoral spasmé, légèrement fibrose sur partie basse
  • Iliaque antérieur à gauche
  • Spasme psoas iliaque à gauche
  • Spasme Carré des lombes à gauche
  • L3 en Extension Side gauche
  • Diaphragme expiration bilatéral
  • T4 en rotation gauche
  • C3 en rotation gauche

Monsieur Léopold BUSQUET, a très bien décrit les chaines musculaires sollicités au cours de match de tennis.

Tout d’abord prenons, la gestuelle douloureuse pour ma patiente, appui ouvert glissé pour jouer un revers à deux mains.

Figure 9 : Séquence glissade / frappe appuis ouvert Novak DJOKOVIC

Source : votre tennis.org ; internet .

Comme on peut l’observer à la fois chez Novak DJOKOVIC, ce mouvement sollicite de nombreuses chaines musculaires. La première sur le membre inférieure gauche est une chaine de extension. La deuxième mise en place est une chaine musculaire vertébrale croisée antérieure gauche (hémi-bassin gauche jusqu’au niveau du thorax droit).

Commençons par la chaine d’extension sur le membre inférieur gauche.

Figure 10 : Schéma chaine de extension sur le membre inférieur.

Source : BUSQUET Léopold, Les chaînes musculaires ;

Tome IV : Les chaines msuculaires ; deuxième édition, Editions FRISON‐ROCHE.

Différents muscles sont mis en jeu, les plus importants pour nous et expliquer le schéma lésionnel de ma patiente :

  • droit antérieur de la cuisse.
  • Ischio-jambiers (biceps fémoral +++).

Suite à sa fracture transversale de la patella, mon patient avec son kinésithérapeute ont accès le travail sur le quadriceps gauche, pensant limiter la fonte musculaire dont il était victime.

Seulement ce travail s’est effectué au détriment du travail des ischio-jambiers. Ils sont devenus moins puissant que le quadriceps.

Pour M. Léopold BUSQUET, les muscles puissants sont donc les vainqueurs du schéma lésionnels, ils dirigent le schéma lésionnel.

C’est à cause de la puissance des quadriceps, mais aussi des glissades/frappes répétitives en revers genou tendu (action quadriceps +++) que la chaîne en extension s’est mise en place.

Cette chaine en extension à plusieurs conséquences :

  • Une antéversion du l’iliaque gauche par tension trop importante du droit fémoral.

Figure 11: Schéma antéversion bassin conséquence de la chaine d’extension.

Source : BUSQUET Léopold, Les chaînes musculaires ;

Tome IV : Les chaines msuculaires ; deuxième édition, Editions FRISON‐ROCHE.

  • Un étirement important des muscles ischio-jambiers à l’origine des micro traumatismes dont ils sont victimes.
  • Un contraction du muscle carré des lombes gauche qui entraine une inflexion latérale gauche de la colonne lombaire.

Les muscles ischio-jambiers sont en contraction excentrique (contraction en allongement du muscle du à l’antéversion du bassin), ce qui explique leur spasme.

Le bassin antéversé à gauche joue le rôle de point fixe. A cause du spasme des ischio-jambiers et de la terminaison du biceps fémoral (fait partie des trois muscles composant le groupe des ischio-jambiers).

La tête fibulaire se retrouve tractée en arrière.

Le muscle psoas-iliaque est un muscle très puissant qui a un sens de travail préférentiel pour mobiliser le membre inférieur.

Dans notre cas, le point fixe est fémoral (le patient glisse jambe gauche bloquée pour augmenter sa stabilité au moment de la frappe)

A cause des insertions proximales (sur les disques et les berges du corps de T12 à L5), il engendre une sollicitation très importante de la colonne lombaire.

Le psoas lordose la colonne lombaire, avec une flexion latérale du côté de sa contraction et une rotation des corps vertébraux du côté de la convexité.

Figure 12: Rôle du psoas sur la colonne lombaire avec un point fixe fémoral.

Source : BUSQUET Léopold, Les chaînes musculaires ;

Tome IV : Les chaines msuculaires ; deuxième édition, Editions FRISON‐ROCHE.

Les mouvements de torsion que mon patient réalise lorsqu’il joue au tennis, s’effectue autour d’un centre de torsion. Ce centre est décrit par M. Léopold BUSQUET comme étant le corps de L3.

La contraction du psoas à gauche, plus les mouvements de torsions autour de L3, explique sa mise ne place en extension et side gauche.

Lors de cette gestuelle, le patient met aussi en place une chaine croisée antérieur gauche (le thorax droit se rapproche de l’hémi bassin gauche).

L’axe de torsion de cette chaine est oblique il va de la tête humérale à droite à la tête fémorale à gauche en passant au niveau de l’ombilic. L’ombilic est donc le centre de convergence des forces de torsions antérieures, mais aussi le centre des de convergence des forces d’enroulement.

Figure 13: Schéma chaine croisée antérieure gauche.

Source : BUSQUET Léopold, Les chaînes musculaires ;

Tome IV : Les chaines msuculaires ; deuxième édition, Editions FRISON‐ROCHE.

La quatrième vertèbre dorsale centre de rotation de la ceinture scapulaire, suit le mouvement crée par la chaine musculaire croisée antérieure, c’est pourquoi on la retrouve en rotation gauche.

Pour M. BUSQUET, la troisième vertèbre cervicale est le centre des mouvements de torsion au niveau cervical, chez ma patiente elle se situe en rotation gauche.

Ce positionnement peut être expliqué par la latéralité croisée de ma patiente (œil directeur à gauche et droitière main). Paul DOROCHENKO, Ostéopathe de Roger FEDERER, a décrit le coup droit (volée de coup droit et service) comme le plus facile pour les joueurs en latéralité croisé, puisque l’œil directeur voit arriver la balle plus tôt dans le champ de vision (augmentant alors la rotation gauche de tête lors de la préparation du geste).

Explications sur le diaphragme :

 Pour M. Léopold BUSQUET, toutes les chaines musculaires se bouclent au niveau du diaphragme. Les chaines croisés antérieures peuvent se continuer après les grands obliques par les foliotes latérales et se terminer au niveau du centre phrénique.

Figure 14: Schéma représentant la terminaison des différentes chaines musculaires au niveau du diaphragme. 

Source : BUSQUET Léopold, Les chaînes musculaires ;

Tome IV : Les chaines msuculaires ; deuxième édition, Editions FRISON‐ROCHE.

Lors de son mouvement, mon patient utilise une chaine croisée antérieure, il existe une antéflexion du tronc, à l’origine de l’augmentation de la pression dans la cavité abdominale.

Toujours dans son ouvrage, sur les chaines musculaires, M. Léopold BUSQUET décrit les adaptations mise en place par le corps lors de l’augmentation de la pression abdominale.

Figure 15: Schéma effet de l’augmentation de la pression intra-abdominale.

Source : BUSQUET Léopold, Les chaînes musculaires ;

Tome IV : Les chaines msuculaires ; deuxième édition, Editions FRISON‐ROCHE.

Le principal moyen mis en place est le diaphragme en expiration. Le diaphragme forme la parti haute de la cavité abdominale, il va se placer en position haute d’expiration.

Le temps d’expiration est donc plus facile et le temps d’inspiration a tendance a être écourté.

La physiologie du diaphragme, permet de faciliter le débit artériel de haut vers le bas, empêche le contenu gastrique de remonter et surtout il permet de faciliter le retour du sang veineux.

En effet, à l’inspiration les fibres musculaire du diaphragme feront bailler l’orifice de la veine cave (D9), qui prendra une forme de quadrilatère. La descente du diaphragme augmente la projection horizontale de l’orifice et facilite avec le jeux des pressions, la remontée du sang veineux.

Le contraire se produit à l’expiration, et le relâchement musculaire laisse cet orifice de la veine cave se fermer.

Le diaphragme en expiration, chez notre patient, pourrait limiter le retour veineux par une balistique plus importante en expiration et ainsi ralentir le drainage de son ecchymose et rallonger le temps de cicatrisation.

III –  TRAITEMENT OSTEOPATHIQUE :

La consultation a eu lieu le 07 avril 2018 et a duré 45 minutes.

La première partie du traitement mis en place doit permettre de limiter l’étirement des muscles ischio-jambiers (notamment le biceps fémoral) en diminuant la programmation de la chaine d’extension, et d’améliorer le phénomène de cicatrisation.

La deuxième partie du traitement consiste à travailler sur l’équilibre générale de la posture, avec pour but d’améliorer la fluidité du geste technique en évitant la sur sollicitation des chaines musculaires de extension et croisé antérieure.

A – Le traitement de l’équilibre musculaire du membre inférieur gauche :

  1. Traitement en HVBA (haute vélocité basse amplitude) de la tête fibulaire postérieure à gauche, pour permettre un étirement brutal du fuseau neuromusculaire des muscles péri-articulaire, sans contracture réflexe. Grâce à cette technique, je libère l’articulation tibio-fibulaire supérieure en shuntant le manque d’élasticité du biceps fémoral et les potentielles adhérences capsulaires mise en place à cause de la tension musculaire permanente.
  2. Application d’une technique dite Mitchell sur l’iliaque antérieur à gauche, afin d’agir sur les muscles qui entourent l’iliaque comme le psoas, le carré des lombes, le quadriceps et diminuer la programmation de la chaine d’extension du membre inférieur gauche.
  3. Défibrose par massage transversal profond du muscle biceps fémoral, afin de prévenir la mise en place d’adhérences dans la gaine musculaire et de diminuer les zones de fibroses sur le tendon.
  4. Normalisation de la biomécanique diaphragmatique, dans le but d’augmenter la phase d’inspiration. Ainsi son horizontalisation permettra d’augmenter le retour du sang veineux, et de la lymphe, améliorer le débit artérielle comme la décrit M. Léopold BUSQUET. Tout ces phénomènes en améliorant l’hémodynamique vont accélérer la cicatrisation des tissus touchés par la lésion.

B – Le traitement de l’équilibre général de la posture :

  1. Utilisation de Trigger Points sur le psoas. Cette technique va permettre de diminuer son spasme. J’espère ainsi diminuer son rôle sur le schéma lésionnel de ma patiente, mais aussi sur la troisième vertèbre lombaire qu’il entraine en extension et side gauche.
  2. Normalisation de T4 en HVBA vers la rotation droite, pour rendre de la mobilité à la ceinture scapulaire et améliorer la phase “d’armer” au cours du mouvement en ayant une gestuelle plus fluide donc en ayant plus de sensation.
  3. Technique myotensif sur C3 vers la rotation droite. L’objectif est d’équilibrer la dynamique musculaire de la gaine du coup avec celle de la ceinture scapulaire.

IV – RESULTATS ET ORIENTATION THERAPEUTIQUE :

A – Résultats observés :

Avant la mise en place du traitement ostéopathique :

Le patient avait déjà été pris en charge par le kinésithérapeute du club. Ils avaient déjà commencer la physiothérapie, la cryothérapie.

Ils avaient effectué le travail par étirement progressif et doux essentiellement passif commençaient à peine les étirements actifs.

Ce sont ces derniers qui provoquaient une douleur en fin d’amplitude.

A la fin de la séance :

Les douleurs sur les étirements actifs qui ont été testés dès la fin de consultation, ont complètement disparues.

Les appuis du patient sur podoscope sont équilibrés. L’appui sur l’arrière du talon gauche a diminué. Le patient se sentait plus équilibré en appui bipodal.

A une semaine de la consultation :

On en était à 14 jours après sa blessure, il est était toujours en “repos sportif”.

Le patient ne présentait plus de douleur au cours de la rééducation.

La récupération des amplitudes articulaires était très bonne.

On en était sur le second temps (globalité musculaire ischio-jambier) pour le travail de force musculaire, avec des exercices en excentriques.

Ces exercices sont une phase indispensable pour la récupération des qualités musculaire.

B – Conseils prodigués :

Avec ce patient, il y avait de nombreux points à revoir, tant sur le plan médical avec la rééducation ou sur le plan de l’entrainement.

1°) Conseils au niveau de l’entrainement :

L’important était ici de cibler les facteurs de risques d’apparition des lésions musculaires.

Comme le dit Bigard, dans son article intitulé lésion musculaire, la principale cause des affections musculaire est le surentraînement.

J’ai pu échanger avec son entraineur sur différentes notions l’échauffement, le travail physique, les étirements et le surentrainement.

Nous sommes arrivés au constant que le patient était en surcharge de travail (physique et technique) alors que la saison sur terre battue débutée seulement une semaine après la blessure.

L’entraineur a ainsi compris qu’il fallait diminuer le nombre d’entrainement autant physique et technique à quelques jours d’une compétition pour éviter le surentraînement.

L’échauffement de quelques minutes va être rallongé jusqu’à 15 min avec la mise ne place d’étirements actifs permettant de préparer le muscles aux efforts violents.

A la fin de l’entrainement, un temps d’étirements importants sera accordé à chaque groupe musculaire des membres inférieurs (auparavant seul les membres supérieurs étaient étirés) pour permettre de garder l’élasticité acquis au cours de la rééducation.

2°) Conseils au niveau médical et musculaire :

Grâce à la proximité de l’équipe médicale encadrante et de la joueuse, j’ai pu travailler en relation le kinésithérapeute.

Il a été important de mettre en place un travail de rééducation.

Le kinésithérapeute a pu en ce sens diminuer la douleur et favoriser la cicatrisation, il a aussi travailler la souplesse du patient.

Après une réunion disciplinaire, il a été convenu que le patient doit absolument continué le travail avec le kinésithérapeute.

En effet à la fin de la rééducation, un test d’isocinétisme a été réalisé et à montrer de grande inégalité de puissance du couple ischio-jambier/quadriceps sur chaque jambe.

Afin d’éviter de nouvelle atteintes musculaires sur le membre inférieur, il faudra absolument gommer ces déséquilibres.

C – Chronologie du traitement :

J’ai vu le patient deux fois :

  • le 31 mars 2018 : 1 heure après sa blessure, ce qui m’a permis de mettre en place les premiers soins et de poser un diagnostic.
  • le 07 avril 2018 : une semaine après sa lésion, après une semaine de repos et de travail avec le kinésithérapeute. Au cours de cette séance, le but était de diminuer les contraintes et les douleurs sur les ischio-jambiers, favoriser la cicatrisation.

Je dois revoir mon patient un mois après cette première consultation pour étudier à distance de la blessure, la réapparition malgré la kinésithérapie et la première consultation, des chaines d’extension et croisées antérieures favorisant l’apparition d’atteintes des ischio-jambiers.

CONCLUSION :

J’ai été consulté en première intention, ce qui m’a permis de poser un diagnostic et mettre en place le protocole de soin spécifique à une lésion musculaire.
J’ai ensuite redirigé mon patient vers le médecin du club pour une exploration fonctionnelle de la zone lésée.
J’ai pu travailler en équipe avec le médecin et le kinésithérapeute pour permettre à l’athlète une reprise sereine.
J’ai eu la chance de pouvoir avoir un dialogue constructif autour du surentrainement avec son entraineur.
C
ette pathologie a permis de montrer l’importance et la complémentarité de l’ostéopathe avec l’ensemble de l’encadrement médical et technique de la joueuse.

BIBLIOGRAPHIE

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– Léopold BUSQUET, les chaines musculaires Tome 1 ; tronc, colonne cervical et membre supérieur ; édition Frison-Roche – 1998

– Léopold BUSQUET, les chaines musculaires Tome 3 ; la pubalgie ; édition Frison-Roche – 1998

– Léopold BUSQUET, les chaines musculaires Tome 4 ; membre inférieur ; édition Frison-Roche – 2000

– Jean-Marc CHEVALIER ; Anatomie du Tronc ; 2ème édition ; édition Lavoisier – 2010

-Eric HEBGEN ; Ostéopathie viscérale ; édition Maloine – 2014

– I.A. KAPANDJI ; physiologie articulaire ; tronc et rachis ; édition maloine – 2003

– Professeur Irvin M. KORR ; bases physiologiques de l’ostéopathie ; édition Frison-Roche – 1982

– P. MIDDLETON, C. MONTERO ; Le travail musculaire excentrique : intérêts dans la prise en charge thérapeutique du sportif ; édition Elsevier-Masson – 2005